La question revient à chaque dîner de famille, et elle arrive toujours avec la même petite moue suspicieuse : « mais qui a créé ChatGPT, au fond ? »
Sous-entendu : qui est le génie derrière tout ça ? Un homme seul dans un garage ? Une femme dont on aurait effacé le nom ? Un pays, peut-être, qui aurait gagné une guerre silencieuse ?
J'ai posé la question à voix haute dans un groupe d'amis, l'an dernier. Trois personnes sur cinq m'ont répondu « Sam Altman », sans hésiter. Une quatrième a dit « Elon Musk, non ? ». La cinquième a avoué qu'elle n'en avait aucune idée et a commandé un autre verre.
Aucune des cinq n'avait tout à fait raison. Et c'est précisément là que l'histoire devient intéressante, parce que la vraie réponse est plus collective, plus désordonnée, et bien moins cinématographique que ce que la plupart des gens imaginent.
Points clés à retenir
- ChatGPT a été créé par OpenAI, une entreprise de recherche fondée fin 2015, et non par une seule personne.
- Sam Altman est cofondateur et dirigeant historique d'OpenAI, mais il n'a pas codé les modèles GPT.
- La version publique de ChatGPT est sortie le 30 novembre 2022.
- La brique technique de base, l'architecture Transformer, vient de chercheurs de Google (2017).
- Des noms comme Ilya Sutskever ou Mira Murati ont compté bien plus que ce qu'on raconte.
- OpenAI est une société américaine, basée à San Francisco.
Qui a vraiment créé ChatGPT, et pourquoi tout le monde se trompe
Replaçons d'abord les rôles, parce que c'est là que le bât blesse.
OpenAI est l'entité qui a créé ChatGPT. Fin 2015, un petit groupe de chercheurs et d'entrepreneurs annonce la fondation d'une organisation à but non lucratif dédiée à l'intelligence artificielle, basée à San Francisco. Le nom de Sam Altman apparaît immédiatement, aux côtés d'Elon Musk, de Greg Brockman (qui en devient le premier président technique), du chercheur Ilya Sutskever, ainsi que de John Schulman, Wojciech Zaremba et quelques autres.
Et là, le malentendu s'installe pour de bon.
Sam Altman, créateur de ChatGPT ou simple cofondateur ?
Sam Altman n'a pas écrit ChatGPT. Il n'a pas entraîné les modèles GPT, n'a pas rédigé le papier fondateur sur les Transformers, n'a pas passé ses nuits à déboguer des couches d'attention. Ce qu'il a fait, c'est autre chose, et c'est loin d'être négligeable : il a porté le projet, trouvé l'argent, tenu la barre quand tout aurait pu s'effondrer, et transformé une équipe de recherche en entreprise capable de livrer un produit au grand public.
Franchement, cette nuance dérange, parce qu'elle oblige à admettre une chose simple : on préfère les récits avec un héros identifiable. Un génie isolé, c'est lisible. Une équipe de trente chercheurs aux noms imprononçables, c'est moins vendeur.
Dans mon entourage professionnel, je vois ce raccourci à l'œuvre en permanence. « Le patron de ChatGPT », disent-ils. Le patron, oui. Le créateur, non.
Et Elon Musk dans tout ça ?
Musk fait bien partie des cofondateurs d'origine, et il a soutenu financièrement la structure au départ. Puis il a quitté le conseil d'administration, et les relations se sont tendues à mesure qu'OpenAI prenait la direction qu'on connaît. Aujourd'hui, il lance sa propre entreprise d'IA rivale et critique publiquement la façon dont OpenAI s'est développé commercialement.
Autrement dit : il a participé à la naissance d'OpenAI, mais pas à la fabrication du produit que vous utilisez pour écrire vos e-mails.
La vraie chronologie : quand ChatGPT a-t-il été créé ?
Une chose que presque personne ne distingue : la création du modèle versus la mise en ligne du produit.
Le grand public a découvert ChatGPT le 30 novembre 2022. Une page blanche, une barre de saisie, et un robot qui répond. Pas de conférence de presse tapageuse, pas de campagne marketing de plusieurs mois. Juste un billet de blog et un outil qu'on pouvait tester gratuitement.
| Étape | Ce qui se passe | Pourquoi ça compte |
|---|---|---|
| 2015 | Fondation d'OpenAI | La structure qui portera tous les produits suivants |
| 2017 | Publication du papier Transformer par des chercheurs de Google | La brique mathématique indispensable à toute la suite |
| 2018-2020 | Premières générations de modèles pré-entraînés par OpenAI | On passe de la théorie à des systèmes qui génèrent du texte fruste |
| 2022 | Mise en ligne publique de ChatGPT | L'outil devient accessible sans aucune compétence technique |
| 2023 et après | Déferlement médiatique, versions successives | Des centaines de millions de personnes se mettent à l'utiliser au quotidien |
Détail important : la base de données sur laquelle ChatGPT a été construit n'a pas été inventée de zéro chez OpenAI. Elle vient d'une recherche menée chez Google, où une équipe a décrit en 2017 une architecture appelée Transformer. Le « T » du nom « GPT » (Generative Pre-trained Transformer) renvoie directement à ce travail.
Voilà, en une phrase : ChatGPT est né dans un bureau, mais ses racines plongent dans un article scientifique publié par un concurrent.
Qui a créé OpenAI : un homme ou une femme ?
Les deux.
Cette question, je l'entends souvent reformulée ainsi : « c'était une femme ? ». La réponse est oui, à plusieurs niveaux, sans que la communication officielle ne l'ait mise en avant pendant longtemps.
Mira Murati, ingénieure, a occupé la direction technique d'OpenAI et a joué un rôle central dans l'industrialisation des modèles, notamment autour de la sortie de la version 3,5 de GPT et des suivantes. Le directeur scientifique historique, Ilya Sutskever, était un homme. Les équipes de recherche, elles, comptaient et comptent un très grand nombre de femmes, dont les noms n'apparaissent pas dans les articles à sensation.
Le cliché du génie barbu dans un garage résiste mal à la réalité d'un laboratoire de plusieurs centaines de personnes.
Pourquoi cette question sur le genre revient sans cesse ?
Parce que le grand public cherche à incarner ce qui n'a pas de visage. ChatGPT n'a pas de visage. Il faut donc lui en donner un. Et comme les dirigeants qu'on voit dans les médias sont majoritairement des hommes, le raccourci se fait tout seul.
Dans mon cas, j'ai longtemps cru que Sam Altman était le véritable cerveau technique de l'affaire, jusqu'à ce que je lise un entretien où il explique lui-même s'appuyer sur une équipe dont il ne comprend pas tous les détails. Ça m'a calmé.
Qui a créé ChatGPT : quel pays ?
Les États-Unis, sans ambiguïté.
OpenAI est une entreprise américaine, installée à San Francisco. Ses financements viennent d'investisseurs américains, ses serveurs tournent sur des infrastructures largement américaines, son droit applicable est américain.
Cela dit, il faut être honnête sur un point souvent passé sous silence : les talents qui ont contribué à ChatGPT viennent du monde entier. Des chercheurs canadiens, chinois, français, russes, indiens ont participé à cette aventure. La nationalité juridique de l'entreprise est claire ; la nationalité des cerveaux qui l'ont fait tourner l'est beaucoup moins.
Certains pays ont d'ailleurs saisi l'enjeu : régulation européenne, contrôle chinois sur les contenus générés, réflexions américaines sur les garde-fous. Bref, le débat s'est déplacé de « qui l'a créé » vers « qui le contrôle ».
Le créateur de ChatGPT, sa fortune et ses convictions
Sam Altman, aujourd'hui, est l'un des dirigeants les plus en vue de la tech américaine. Sa fortune personnelle ne vient pas principalement de son salaire chez OpenAI — il a été question, à plusieurs reprises, qu'il renonce à des parts ou à des rémunérations exceptionnelles pour ne pas créer de conflit d'intérêts. Son patrimoine vient surtout de ses investissements dans d'autres sociétés, en amont de sa notoriété actuelle.
Sur le terrain des convictions, il s'est exprimé à plusieurs reprises sur la nécessité d'encadrer l'intelligence artificielle, tout en accélérant son déploiement — une position que certains trouvent cohérente, d'autres franchement contradictoire. Il a également évoqué publiquement des questions spirituelles et philosophiques, sans se rattacher à une religion particulière de façon revendiquée.
Ce qui m'a marqué, dans une de ses prises de parole, c'est l'idée que le pire scénario n'est pas forcément celui qu'on imagine : pas un robot qui se révolte, mais une société qui perd peu à peu le fil de ce qui est vrai. Je trouve cette inquiétude plus lucide que la plupart des scénarios catastrophes qu'on lit partout.
Ce que le récit habituel passe sous silence
- Le rôle des ingénieurs sans nom : entraîner un modèle de cette ampleur demande des équipes entières, pas un cerveau isolé.
- La dépendance à la recherche publique : sans des années de travaux universitaires sur les réseaux de neurones, rien de tout cela n'aurait été possible.
- Les avertissements des chercheurs eux-mêmes : plusieurs ont démissionné en exprimant des doutes sur la direction prise.
- Le fait que personne n'a prévu que ChatGPT deviendrait un phénomène de société en quelques semaines.
- L'informatique et la logistique derrière : des centres de données consommant une énergie colossale.
J'ai posé la question à un ingénieur qui a travaillé sur des projets d'IA de taille moyenne. Sa réponse m'a surpris : selon lui, la partie la plus difficile n'a jamais été de concevoir le modèle, mais de lui apprendre à ne pas répondre n'importe quoi. Des milliers d'heures de tri humain, de retours, de corrections. Un travail invisible.
Voilà pourquoi la question « qui a créé ChatGPT » mérite une réponse plus honnête que « Sam Altman ». La bonne réponse tient en quelques mots : une entreprise, une équipe, un héritage scientifique, un pays d'attache, et un lancement qui a pris tout le monde de court.
La prochaine fois qu'on vous posera la question à un dîner, vous aurez peut-être envie de répondre ceci : « une organisation fondée par plusieurs personnes, dont un dirigeant très visible, sur une idée qui ne vient pas d'elles ». Et là, à table, quelqu'un reprendra son verre en se demandant pourquoi il n'avait jamais entendu cette version.